Saison 2026 : des nuitées solides mais des pros qui doutent, sauvés par l'arrière-saison. La demande aérienne recule, Paris reste marqué par le 17 octobre, les collectivités font plier Booking sur la taxe de séjour et l'IA réduit déjà les clics vers les sites de destination.
Cette revue de rentrée de Toussaint se lit comme un bilan de santé du modèle touristique. Les comptes de la saison 2026 sont tombés, et ils racontent la même histoire d'un territoire à l'autre : des nuitées qui tiennent, parfois au-dessus de 2019, mais des professionnels qui déclarent une activité en baisse, un été grignoté par le prix du carburant et une arrière-saison qui sauve les bilans. Dans le même temps, la demande aérienne mondiale recule, l'image de Paris reste abîmée par les violences du 17 octobre, et la chaleur fait de la fraîcheur un argument commercial.
Le fil rouge, c'est la reprise en main. Les collectivités font condamner les plateformes sur la taxe de séjour, les offices redéfinissent leur stratégie, le Maroc et l'Albanie se fixent des caps chiffrés, et Visit Norway prouve qu'une équipe réactive vaut mieux qu'une grosse campagne. Pour les offices de tourisme, la clé de lecture est double : sécuriser les recettes (taxe de séjour, étalement de la saison, clientèles de proximité) et reprendre la maîtrise de la visibilité, alors que l'IA réduit déjà les clics vers les sites de destination.
Reste une question que la profession devra collectivement trancher : mesurons-nous la performance touristique avec les bons indicateurs, ou continuons-nous de compter des nuitées quand ce sont les marges, les habitants et la visibilité qui décrochent ?
Politique
Paris : l'image de la destination à reconstruire
Deux semaines après les violences du 17 octobre, la facture se précise. Linternaute recense des annulations qui s'accumulent et des professionnels parisiens inquiets, tandis que Le Parisien relaie le désarroi d'un secteur qui se demande comment « vendre la France » dans ce contexte. L'enjeu dépasse la capitale : c'est la promesse de sécurité de la destination France qui est en jeu, au moment où se bâtissent les plans de promotion 2027.
Feuilles de route : le Maghreb et les Balkans accélèrent
Au Maroc, le volet tourisme du projet de loi de finances 2027 acte le dépassement des objectifs 2023-2026 (près de 20 millions d'arrivées en 2025) et fixe un nouveau cap de 26 millions de touristes en 2030, autour de l'offre, de la connectivité aérienne et du capital humain. Les recettes ont déjà dépassé 115 milliards de dirhams fin septembre, selon La Vérité. L'Albanie vise 15,5 millions de touristes en 2027. La Tunisie, elle, recule au 82ᵉ rang d'un classement mondial, et l'IACE désigne le transport aérien comme le talon d'Achille du secteur.
Visit Norway a transformé une insulte de Donald Trump en succès d'audience : une ancienne page consacrée aux toilettes publiques, retitrée avec humour, a vu ses vues multipliées par 540 en une semaine, avec moins de 10 000 dollars de publicité. Une leçon de réactivité éditoriale pour tous les organismes de promotion. Les tensions transatlantiques se lisent aussi chez les Canadiens qui, selon Geo, cachent leurs voyages aux États-Unis. La France aide le Suriname à sortir de la liste noire aérienne européenne, tandis que les binationaux pourraient perdre une facilité pour voyager en Algérie dès janvier.
Côté territoires, l'office de tourisme Cap d'Agde Méditerranée redéfinit ses enjeux et sa stratégie, Crozon installe un binôme d'élus pour l'économie et le tourisme et Barcelonnette place tourisme et logement au cœur du mandat. Menton, Riviera & Merveilles décroche le label Destination d'Excellence, Ardèche Hermitage Tourisme fête 100 ans d'accueil et Geoffroy Roux de Bézieux prend la présidence du comité d'organisation des JO d'hiver 2030.
Bilans de saison : l'arrière-saison sauve les comptes
Les bilans 2026 dessinent une France à plusieurs vitesses. À Gassin, les nuitées restent supérieures à 2019. Pourtant, 53,8 % des professionnels déclarent une activité en baisse ; la commune mise sur le vélo, la randonnée et le patrimoine pour vivre quatre saisons.
Dans l'Ouest, le secteur de Vitré Communauté dresse son bilan, tandis qu'à Plestin-les-Grèves camping et aire de camping-cars ont explosé les compteurs. Blois tire son épingle du jeu aux vacances d'automne après un été décevant, et les Vosges profitent d'une fréquentation de proximité. Le ton est plus mitigé à Saint-Christophe-en-Oisans, où la saison est meilleure qu'en 2025 mais pas à la hauteur des attentes, et dans le Grand Figeac, où l'été a été « compliqué ». Sur la Côte d'Azur, le coût du carburant freine la Toussaint. Colmar se hisse enfin sur le podium national des nuitées réservées via les plateformes.
Aérien : demande en berne, hiver offensif
Selon l'IATA, la demande mondiale de passagers a reculé de 0,5 % en septembre, plombée par le Moyen-Orient (-7,5 % à l'international) et les marchés intérieurs américain et indien, détaille Air Journal. Les compagnies préparent pourtant un hiver offensif : Air France augmente ses capacités vers les Amériques, l'Asie et la péninsule ibérique, Ryanair aligne 5,3 millions de sièges au Maroc, Nantes Atlantique ouvre cinq lignes en six jours et Air Transat annonce cinq routes transatlantiques pour l'été 2027, dont Lyon-Québec. easyJet renforce aussi son réseau français avec sept ouvertures de lignes, une bonne nouvelle pour les aéroports régionaux.
Les fragilités demeurent : AnimaWings entre en redressement judiciaire et, selon Moustique, le modèle low cost de Ryanair à Charleroi est sous pression. Seul le fret, insensible à la flambée du kérosène, bat des records.
Hôtellerie et tourisme d'affaires : les stratégies se précisent
The Originals Hotels, coopérative de plus de 300 hôtels indépendants, dévoile un plan à horizon 2031 : budget marketing en hausse de 20 % et 100 hôtels labellisés RSE visés d'ici fin 2026. « L'indépendance ne doit pas signifier l'isolement », résume son nouveau président, Gilles-Maurice Bellaïche.
Hyatt publie ses résultats du troisième trimestre et RIU s'offre le Princesa Sofía à Barcelone. À Dubaï, l'opérateur de locations Silkhaus ferme ses portes en invoquant la guerre entre les États-Unis et l'Iran, tandis qu'à Saint-Malo l'organisateur de la Route du Rhum devient hôtelier. Le tourisme d'affaires reste un relais : Lyon entre dans une nouvelle ère, le pays d'Ajaccio mise sur l'événementiel professionnel et S4BT lance un wallet mobile pour les paiements hôteliers. L'Écho touristique interroge enfin la résilience d'une industrie qui pèse près de 10 % du PIB mondial.
Socio-culturel
Nouvelles motivations de voyage
Les motivations se diversifient. Le voyage paranormal séduit de plus en plus de Français à Halloween, à l'image du tourisme sombre observé à Winnipeg. Le tourisme du sommeil profite de la fatigue chronique des actifs et certains prennent l'avion juste pour déjeuner en France, pour moins de 85 euros la journée. Côté budget, l'Observatoire de l'Europe place Bilbao, Wrocław et Bordeaux en tête des destinations au meilleur rapport qualité-prix pour 2027, et RFI analyse comment le transport s'adapte à l'essor de l'expérientiel.
La question de l'acceptabilité gagne du terrain : y a-t-il trop de tourisme dans Charlevoix ? En Algarve, le responsable du tourisme réclame des sauveteurs sur les plages dès avant l'été. En Antarctique, la fréquentation est passée d'environ 8 000 visiteurs au début des années 1990 à près de 122 000 en 2023-2024, et des guides s'inquiètent d'une expertise qui se dilue face à la croissance des capacités, comme le rapporte Skift.
Le sport reste un moteur d'attractivité : Forcalquier sera en juillet 2027 la capitale européenne du tourisme équestre, et la Bretagne regarde vers les Antilles dans le sillage de la Route du Rhum.
Technologique
IA : mesurer avant de piloter
Pour Paul Arseneault (OIADT), qui revient sur les rencontres #ET22 de Pau dans Etourisme.info, la vraie question est de savoir qui pilote l'IA dans les organisations touristiques : près de neuf structures sur dix déclarent l'utiliser, mais une étude portant sur 39 sites de destination relève déjà 18 % de clics en moins sur mobile. Il plaide pour interroger les salariés sur leurs usages réels. Côté voyageurs, près d'un passager aérien sur deux utilise l'IA pour préparer son voyage.
Au salon AWFT, le constat dressé par Travolution est celui d'un « reality check » : l'IA doit désormais prouver sa valeur commerciale pour les distributeurs.
DATAtourisme défend le partage gratuit des données, et Espaces interroge la cohérence entre communication d'attractivité et communication touristique des métropoles. Le Figaro dessine l'hôtel de demain, entre ancrage local et intelligence artificielle. Côté sécurité, Bruxelles enquête sur Booking pour sa réponse aux escroqueries, alors qu'une voyageuse belge s'est fait arnaquer via WhatsApp après une réservation. Les contrôles automatisés ont provoqué les plus longues files d'attente de l'été en Allemagne et en France, et un voyageur peut refuser l'application qui ouvre une serrure connectée.
Écologique
Chaleur : la fraîcheur devient un produit
Dans le Haut-Bugey, Le Progrès raconte comment les « réfugiés climatiques » en quête de fraîcheur ont dopé le tourisme local cet été. En Suisse, la montagne se vend dorénavant 365 jours par an comme alternative aux plages. En Guyane, la sécheresse impose un pont aérien de vivres vers Maripasoula, et Val Thorens ouvrira dès le 21 novembre.
Hôtellerie : la durabilité comme levier de performance
Accor lance « Hosting Change », sa feuille de route durabilité 2026-2030 pour plus de 5 800 hôtels, en rappelant que plus de 73 % de ses grands clients corporate exigent des critères ESG.
Rail : l'Europe roule, l'expérience reste à construire
Selon DéplacementsPros, l'Europe est championne du rail, mais pas encore de l'expérience voyageur. Le train de luxe s'étend : l'Orient-Express reliera Paris à Monaco en 2027, à 4 870 euros par personne. La catastrophe ferroviaire en Espagne rappelle la fragilité du système : un pont aérien relie Madrid à l'Andalousie, mais à des tarifs élevés.
Taxe de séjour : les collectivités face aux plateformes
Après le jugement de Nancy (75 000 euros pour erreurs de calcul et 780 000 euros d'amende pour omissions de collecte), TourMaG décrit une offensive plus large des collectivités contre Booking.com et les autres plateformes, à l'image du contentieux d'Oléron. Côté loueurs, Boursorama fait le point sur la fiscalité d'Airbnb, et au Québec la crise de l'itinérance relance le débat : faut-il interdire les locations de type Airbnb ?
Les compagnies sont lassées de payer pour les passagers refoulés et l'IATA réclame un partage plus équitable des coûts avec les États. Après les États-Unis, la Tanzanie et Zanzibar exigent une déclaration de santé liée à Ebola, et Air France suspend sa ligne vers Manille sur fond de conflit avec les PNC. Le mouvement social du 5 novembre devrait perturber les transports : DéplacementsPros détaille ce qu'il faut anticiper.
Pour les employeurs saisonniers, le décret du 26 octobre ramène à 90 jours le délai de décision sur de nombreuses cartes de séjour et réduit de 12 à 6 mois la restriction de changement d'employeur pour les salariés étrangers.
L'Écho touristique liste les erreurs juridiques à éviter avec l'IA, un avocat détaille les règles du sentier du littoral sur les propriétés privées, et Nice facilite la circulation des autocars de tourisme sur la promenade des Anglais.
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Fondateur de PanoraVeille et directeur de la Fédération des offices de tourisme de Bretagne. Plus de 15 ans à travailler dans le tourisme et passionné par les technologies et le développement.